C'est lors d'un débat sur Radio France Internationale que nous
avons rencontré Paul, un enquêteur du BSA, le Business Software
Alliance. Paul, un pseudo, est un ancien militaire, expert juridique et
en informatique. Son travail, traquer sur Internet les contrefacteurs
de logiciels. Interview avec un cyber-chasseur.
Qu'est
ce qu'un enquêteur au B.S.A. ?
C'est un expert en informatique, qui maîtrise plusieurs technologies,
ainsi que le droit visant la propriété intellectuelle.
Nous faisons des investigations afin d'identifier des sites Internet,
des pirates de logiciels et d'autres comptes réseau qui peuvent
servir à ce genre de fraude informatique. Par compte comprenez
IRC, forum, ftp, peer-to-peer ... Notre but, identifier tous les gens
qui fournissent, vendent, des copies de logiciels.
Comment
travaillez-vous ? Le champ d'investigation est vaste. Vous êtes
les rois de Google ?
Google est l'un de nos outils, surtout pour identifier des sites web
qui proposent des logiciels piratés, ainsi que les gens qui en
vendent. Il y a 3 milliards de sites référencés,
il est difficile de s'y retrouver. Nous utilisons aussi plusieurs autres
logiciels pour nos recherches.
Quel
genre de logiciel ?
On ne peut pas en parler mais ce sont des outils connus et vendus au
grand public. Nous travaillons avec plusieurs gros systèmes informatiques
qui recherchent pour nous. Des logiciels qui nous permettent d'être
plus rapide dans nos investigations. Nous avons des robots qui écoutent,
qui attendant certains mots, certaines informations diffusées
sur des chats, forums, sites, ... Nous aurons prochainement des robots
qui seront capable de tenir une discussion, simplifiée, pour
mieux cibler encore les pirates.
Comment
voyez-vous des systèmes comme le peer-to-peer ?
Cette technologie est très intéressante, un système
qui pourrait aller loin, qui pourrait apporter beaucoup de chose. Pour
le moment il y a encore pas mal de problème dans cette technologie.
Mais n'oublions pas qu'elle n'a que 2 ans. En ce qui concerne son utilisation
par les internautes il est à déplorer que 99,9 % d'entre
eux ne s'en servent que pour le piratage. Une très bonne technologie
qui est en train de mourir à cause d'une mauvaise utilisation
des internautes.
Que
pensez-vous de Freenet ?
Ce n'est pas véritablement un danger. Le système n'accepte
pas de gros fichiers, rendant difficile la diffusion de contrefaçon.
La version IRC Freenet posera plus de problème. Mais ce n'est
pas un problème, il y a toujours un moyen d'identifier un internaute
contrefacteur, d'identifier la provenance d'un message.
Votre
travail vous oblige à vous cacher comme ceux que vous traquez,
pas difficile à vivre ?
Il est vrai que le métier est dangereux, difficile. Pour preuve
le décès d'un enquêteur en Russie, tué par
des pirates proches de la mafia russe. Mais bon je ne vis pas caché,
de toute façon, je ne donne pas mon vrai nom, je ne me montre
jamais, on utilise plusieurs pseudos et je ne suis pas seul.
Justement,
combien de personne au service enquête du B.S.A. ?
Nous ne pouvons pas donner de chiffre, une chose que je peux dire, nous
sommes sur trois continents, ce qui permet de faire de manière
à ce que quand une équipe dort, une nouvelle prend la
main, ainsi de suite. Le service enquête du B.S.A. ne dort jamais.
Comment
travaillez-vous ? Comment constatez-vous une fraude ?
C'est assez simple en fait. Un site web qui propose des copies se voit
assez rapidement. Il propose par exemple des compilations de plusieurs
logiciels, Genre Adobe et Macromédia, ce qui ne se fait pas.
Ensuite des logiciels dont les prix défient toutes concurrences.
Un logiciel dont le prix nous parait étrange nous permet de commencer
une enquête. Ensuite nous comparons aussi les numéros de
séries. On découvre très vite si un numéro
de série existe ou non. Ensuite un site "warez" ou
de contrefaçon possède souvent des publicités vers
des sites pornographiques. Ce que n'aura pas une boutique online légale.
La situation géographique du site permet aussi de se poser des
questions sur les logiciels proposés. C'est avec le temps et
la patience que l'on commence à connaître les ficelles
des pirates.
Quel
est le portrait robot du pirate de logiciel ?
On se retrouve de plus en plus avec des groupes vraiment mafieux. Il
y a de plus en plus de copieurs, de pirates, de crackeurs qui sont associés
avec des groupes proches du grand banditisme. Ils utilisent de plus
en plus les logiciels piratés pour blanchir l'argent. C'est plus
intéressant pour eux car, par exemple, si un gang possède
67 000 dollars. Il pourra acheter 1 kilo de cocaïne. A la revente,
ils feront 200 % de marge. S'ils achètent pour le même
prix des logiciels piratés, ils feront 900 % de bénéfices.
Ca rapporte plus et ca coûte moins cher en années de prison
en cas d'arrestation. Mais il y a aussi beaucoup de "petits"
pirates qui chez eux copient et revendent pour quelques euros leurs
contrefaçons. Il y a vraiment plusieurs profils.
Comment
expliquez-vous que certains logiciels non commercialisés se trouvent
déjà sur Internet ?
Les éditeurs de logiciels ont une équipe de développeurs,
de bêta-testeurs, des services qui se chargent de l'impression
des CDRoms, ... Autant de fuites possibles.
Certains
journalistes sont aussi dans le collimateur ?
Malheureusement, oui. Nous n'avons pas encore de preuves, mais nous
en sommes de plus en plus sûr !
Les
copieurs sont-ils plus en Asie, dans les pays de l'Est ?
Oui et non. Effectivement l'Asie et certains pays de l'ancien bloc de
l'Est sont de gros fournisseurs de copies. Mais pas besoin d'aller si
loin. Nous avons des cas de manufacture de CDRoms qui produisent le
nombre demandé par l'éditeur du logiciel, et cette même
entreprise va en produire quelques centaines d'autres avec une autre
étiquette par exemple. On a eu quelques usines en Allemagne,
en Italie ou en Belgique qui ont eu ce problème.
Comment sont vos contacts avec les services de police ?
Ils sont très bons. Beaucoup de contacts avec les forces de l'ordre
quand nous avons à faire avec de gros pirates. Nous faisons aussi
des formations. Sinon, une simple plainte au juge permet de lancer la
justice aux trousses d'un pirate.
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