Les réponses légales face à un piratage
Exclusif ![]()
Par Maître Murielle Cahen
Quelles
sont les réponses légales en matière d’infractions
(intrusions, défacement, contaminations virales) de sites Internet
?
La
plupart des infractions informatiques sont sanctionnées au niveau
pénal :
· L'accès frauduleux dans tout ou partie d'un système
de traitement automatisé de données est puni d'un an de
prison et de 15245 € d'amende. Si il en résulte une altération,
soit des données contenues (suppression ou modification), soit
du fonctionnement même du système, les peines prévues
sont de deux ans de prison et de 30 490 € (article 323-1 du Code
Pénal).
· Le maintien frauduleux dans un système informatique,
avec les mêmes causes d'aggravation( altération des données)
est réprimé de la même façon. En effet, bien
que le maintien dans un système suppose un préalable accès,
celui ci peut-être autorisé tandis que le maintien, ne
l'est pas selon un arrêt de la Cour d'appel de Paris 11° chambre,
section. A du 14 janv. 1997
· L'atteinte volontaire au fonctionnement d'un système
de traitement automatisé de données, c'est-à-dire
le fait de le fausser ou l'entraver est puni de trois ans de prison
et de 45 735 € d'amende(Article 323-2 du Code Pénal).
· Le fait d' introduire frauduleuse de nouvelles données,
ou de supprimer ou modifier des données stockées est puni
de trois ans de prison et de de 45 735 € d'amende. (Article 323-3
du Code Pénal). De plus le droit civil s’applique, ce qui
permettra de rechercher la responsabilité de l’individu
à l’origine de l’infraction pour qu'il puisse être
condamné à des dommages et intérêts pour
le préjudice subi par la victime (perte de clients, de commandes,
de notoriété, …)
Sont-elles
suffisantes ?
Le système est assez complet, il serait éventuellement
possible d’ajouter des infractions pénales plus spécifiques.
Mais les différentes actions contre les sites Internet peuvent
être sanctionnée par les articles du code pénal
cités. Les peines semblent assez dissuasives : entre 1 et 3 ans
d’emprisonnement et entre 100.000 F (15.245 €) et 300.000
F (45.735 €) d’amende. La jurisprudence est quasi inexistante
concernant Internet, il n'y a pour le moment qu'un arrêt de 1996
concernant l’introduction d’un virus dans le CD Rom d'un magazine
informatique. Il semble que les entreprises hésitent à
engager des poursuites pénales contre les pirates.
Les
moyens mis en œuvre pour poursuivre et découvrir les auteurs
de ces infractions sont-ils aujourd’hui pertinents ? Je fais notamment
référence à l’OCLCTIC.
Des organismes chargés de la recherche et la sanction des
infractions informatiques existent : OCLCTIV, BEFTI, SEFTI, BCRCI notamment
mais ce ne sont pas les seuls, on peut aussi noter que la DST (service
de renseignement national) s’occupe des affaires de piratages importantes.
Ils sont compétents techniquement.
On peut éventuellement noter un manque de moyens matériels et financiers pour contrer des pirates qui ont souvent des moyens puissants. Mais aussi un problème de temps, lorsque un groupe de pirates peut passer 24h sur 24 à agir, les différents organismes chargés de la répressions sont limités par leur nombre et leurs horaires. Ils sont chargés de la recherche des infractions et des responsables des différents délits informatiques.
Lorsqu¹une
entreprise est victime de ce type de délit doit-elle déposer
une plainte ?
La plainte doit être déposée soit auprès
d’un organisme de la police nationale ou de la gendarmerie nationale
soit spécialisé, soit auprès du commissariat ou
de la gendarmerie ou directement auprès du procureur de la république
par le biais d'un avocat. Je conseillerais dans un premier temps de
saisir directement les services de police compétents. C'est une
démarche qui ne devrait pas exposer plus l'entreprise, sauf bien
sur si le pirate retrouvé fait partie d'un groupe et donne des
consignes d'attaques postérieures…Il est assez curieux de
constater que paradoxalement il y a beaucoup plus de plaintes pour escroquerie
à la carte bancaire que pour defacage de site Internet. Bien
sur dans ces cas de figure, ce sont le plus souvent les banques qui
portent plainte. En général si le pirate est en France,
il est souvent retrouvé par les services de police compétent
en une semaine….
Lorsqu'elle
est victime d'une effraction depuis un pays étranger, quelle
loi s'applique-t-elle. Existe-t-il d¹ailleurs un dispositif légal
au niveau international ?
Les dispositifs internationaux sont peu développés.
On peut plutôt parler aujourd’hui de coopération volontaire
des différents services nationaux compétents. Une directive
européenne concernant la criminalité informatique est
à l’étude. Par contre le délit étant
constitué en France, les tribunaux français seront compétents
pour juger de l’affaire. La compétence française
se justifie par deux motifs : un élément constitutif du
délit a eu lieu en France et la victime est française.
En cas
de piratage d'un site, le tiers par exemple le client ayant subi un
préjudice quelconque doit-il se retourner contre la société
elle-même victime de l¹infraction ?
Le tiers peut se retourner contre la société à
l’unique condition qu’elle soit responsable du préjudice
par une faute de sa part par exemple, sinon il devra agir contre l’auteur
de l’infraction. Il pourra se constituer partie civile par exemple
dans un procès contre le pirate même s' il n’est pas
à l’origine de ce procès, par exemple dans un procès
engagé par d’autres victimes ou par l’entreprise victime.
Si le
prix d¹un produit a été modifié sur le site
à l¹insu de l’entreprise, le client peut-il exiger
de régler le prix affiché ? Comment l¹entreprise
peut-elle prouver sa bonne foi ?
La jurisprudence considère que le client peut exiger de régler
le prix affiché, l’erreur d’étiquetage n’entraînant
pas la nullité de la vente. Il existe une exception lorsque le
prix présenté est dérisoire c'est-à-dire
selon la jurisprudence un prix que le consommateur normalement avisé
ne peut pas avoir pris pour la valeur réelle de l’article.
Dans cette hypothèse, le client ne peut réclamer le prix
affiché et la vente peut être annulée pour erreur.
Si l’entreprise ne peut pas prouver sa bonne foi, elle peut éventuellement
prouver la mauvaise foi du client pour obtenir la nullité de
la vente ou le paiement des sommes non perçues.
En matière
d’infraction, l'employeur peut-il rechercher une responsabilité
auprès d¹un salarié (par exemple, son directeur informatique),
de son hébergeur (lorsque son système est externalisé)
ou de l¹intégrateur pour manquement professionnel (par exemple,
défaut de précaution quant à la protection du site
ou manque d'information sur sa vulnérabilité ) ?
La société pourra agir en responsabilité civile
contre tous ces tiers si elle peut prouver une faute ayant entraîné
pour elle un préjudice. Ainsi, l’entreprise pourra intenter
un procès contre un hébergeur qui devait assurer la sécurité
du site si celle-ci n’était pas assurée dans la réalité.
Elle pourra également intenter un procès contre toute
personne qui en dehors d’un contrat a commis une faute, par exemple,
un membre de la société ou un tiers qui aurait fourni
des informations confidentielles permettant d’accéder au
système.
Préconisez-vous
une assurance couvrant spécifiquement les risques liés
à une présence sur le réseau (sous quelle forme
et dans quelles conditions). À terme, pensez-vous qu'une protection
de ce genre sera rendue obligatoire, et est-ce souhaitable ? Quel type
de dédommagement peut-il espérer une entreprise lorsque
qu’elle est victime d¹un sinistre de cette nature ?
En principe l’entreprise obtiendra l’indemnisation totale
du ou des préjudices subis. Cependant, l’indemnisation est
limitée par la solvabilité du responsable, or un bon nombre
des pirates sont des particuliers. Les préjudices pour une société
commerciale d’une telle action peuvent être très importants
et risquent par conséquent de ne pas être indemnisés
totalement. Il est dans ce cas intéressant pour l’entreprise
de souscrire une assurance à cet effet. Le niveau des dédommagements
est fonction du type d'assurance souscrite.
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