Les gendarmes du Net
Pendant que vous surfez tranquillement chez vous ou au travail, les forces de
l'ordre veillent sur le respect des lois. Afin de lutter contre la contrefaçon,
la pédophilie, l'apologie du suicide, le négationnisme et toute
forme de délit en ligne, le Web est aujourd'hui constamment sous surveillance.
Nous avons voulu en savoir plus sur ces investigations et nous avons pu franchir
la porte de l'unique cellule de veille de la Gendarmerie nationale. Découvrez
le vrai visage du Big Brother français !
C'est au cur du Fort de Rosny-sous-Bois (93) que se niche la cellule cybercriminalité
du STRJD (Service Technique de Recherches Judiciaires et de Documentation), l'unique
unité de veille et de recherches de la Gendarmerie sur Internet. En place
depuis 1998, elle a d'abord été créée dans le but
de soutenir les enquêteurs sur des affaires en cours liées à
Internet, sous la direction générale de la Gendarmerie. Elle s'évertue
depuis à traquer tous les crimes et délits en ligne de jour comme
de nuit. Toutefois, son rôle est uniquement de constater l'infraction. Son
domaine de compétence ne va pas plus loin. Ainsi, quelle que soit l'infraction
constatée, les gendarmes du STRJD envoient toutes leurs observations au
parquet de Bobigny duquel ils dépendent. Pour mieux comprendre de quelle
manière cette cellule fonctionne, la meilleure chose à faire est
de lui rendre une petite visite
Les gendarmes disposent du même matériel et des mêmes logiciels
que tout un chacun
La première chose qu'on remarque lorsque l'on pénètre dans
les locaux de la cellule cybercriminalité, c'est la simplicité désarmante
de son mode de fonctionnement et de ses équipements. Ainsi, il n'y a rien
à chercher de spectaculaire du côté du matériel employé.
Le service dispose d'un parc informatique d'une douzaine de PC, tous bien évidemment
reliés à Internet en haut débit. Côté softwares,
l'équipement est tout aussi " classique ", les huit gendarmes
utilisant principalement des logiciels gratuits téléchargeables
sur Internet, à la portée de n'importe quel particulier. Tous les
membres de cette cellule ont une formation informatique adaptée, acquise
au cours de leurs études ou bien de stages complémentaires organisés
par la Gendarmerie, où ils apprennent les méthodes d'investigation
sur Internet. On peut tout de même s'étonner qu'il ne s'agisse pas
de personnels davantage spécialisés
Leur travail consiste à traquer toutes les formes d'infractions qui peuvent
être rapportées sur Internet. Outre la pédophilie et la contrefaçon,
les délits observés sont multiples et variés : fraude à
la carte bancaire, recettes d'explosifs, vente de stupéfiants ou d'objets
interdits (radars, cartes SIM
), haine raciale, racolage et prostitution,
jeux d'argent
En ce qui concerne ces derniers, de prestigieuses enseignes
françaises n'hésitent certes pas à s'afficher sur le Web,
mais en ayant bien pris soin au préalable de se faire héberger à
l'étranger. D'une manière générale, ce qu'il faut
retenir c'est que tout ce qui est contre la loi dans le monde réel, l'est
également sur le Net ! Cependant, la situation n'est pas aussi catastrophique
qu'on pourrait le penser, à en croire madame le lieutenant Béguin,
en charge de mener la cellule de veille : " Il y a de moins en moins de
sites illégaux, du moins en France. Notre compétence s'arrête
toutefois à la territorialité et à la nationalité
françaises. Dans le cas d'une infraction commise sur le territoire allemand
par un allemand, nous ne pouvons rien faire. Par contre, si l'hébergeur
ou l'individu impliqué sont français, alors nous pouvons agir.
" Le domaine d'action de la Gendarmerie ne dépassant en aucun cas
nos frontières, elle ne peut intervenir que si l'un des acteurs mis en
cause est français.
" Pour arriver à nos fins, nous utilisons des logiciels que n'importe
qui peut utiliser, téléchargeables gratuitement (la plupart du temps)
sur Internet ! " C'est donc ainsi que la Gendarmerie traque les cybercriminels
avec des armes on ne peut plus classiques, que tout un chacun peut posséder
sur son propre ordinateur. Il s'agit essentiellement de recherches effectuées
à base de mots clés, aussi bien sur des moteurs de recherche que
des forums de discussion, ou bien encore des logiciels d'échanges de données.
Leur façon de travailler est immuable : " Lorsque l'on arrive le
matin, on commence par regarder ce qui se passe sur les newsgroups, rechercher
tout ce qui se rapporte à la pédophilie, qui parle d'incitation
à la haine raciale, etc. En un minimum de temps on peut savoir si tel ou
tel individu met en ligne des informations, des images. Tout est une question
de feeling. " Le lieutenant Béguin ajoute : " Nous n'avons
pas de plan de bataille spécifique chaque matin. " Chacun ici
est polyvalent et personne n'a de domaine de prédilection. En réalité,
tous les gendarmes présents sont interchangeables et peuvent ainsi enquêter
indifféremment sur des dossiers liés à la contrefaçon,
à la pédophilie, au terrorisme, etc.
Dans l'état actuel des choses, la pédophilie est au centre des préoccupations
des responsables de la cellule de veille, car le phénomène présente
de réels dangers, surtout auprès des plus jeunes. C'est ce qui inquiète
particulièrement le lieutenant Béguin : " Il faut savoir
que des jeunes de 10 ans utilisent aujourd'hui les logiciels de peer-to-peer et
sont amenés à tomber un jour ou l'autre sur des images choquantes.
Une vidéo de Walt Disney téléchargée de manière
illicite peut rapidement s'avérer être en fait un film pédo-pornographique
! " Le service fonctionne aussi parfois sur directives dans le cas de
problèmes graves d'actualité comme cela a par exemple été
le cas avec les sites de vente de cigarettes en ligne en ce début d'année.
Il ne faut pas confondre traque et provocation !
S'il est surprenant que les méthodes de recherche du STRJD sur le Net soient
si peu sophistiquées, avec leurs logiciels de recherche par mots clés,
sa limite d'action est quant à elle, extrêmement restreinte. Ainsi,
ils ne doivent en aucune façon entrer en contact avec un internaute suspect,
ou lui forcer la main. " Nous n'avons droit ni à la provocation
ni à l'intrusion " précise le lieutenant Béguin.
Cela signifie par exemple qu'il n'est pas de son ressort ni d'aucun de ses hommes
d'envoyer un e-mail à un suspect supposé pour en savoir davantage
sur ses activités en ligne ou sur sa personnalité. Outre le fait
que ces contraintes ne permettent pas d'approfondir leurs recherches, elles sont
surtout frustrantes pour ces gendarmes ! Pourtant, ces situations se présentent
à eux tous les jours. " Supposons que l'on trouve sur un forum
un internaute qui propose 1.500 DivX à cinq euros pièce. Nous ne
pouvons absolument pas lui demander s'il peut nous envoyer sa liste de titres,
cela serait de la provocation et c'est interdit par la loi française !
" Cette méthode a aussi le don de casser la procédure.
D'autre part, il est strictement interdit de s'introduire de quelque manière
que ce soit sur l'ordinateur d'un internaute. Cependant, malgré toutes
ces contraintes, les gendarmes nous assurent qu'ils arrivent presque toujours
à remonter assez facilement à l'identification des suspects (adresse
IP), de manière toujours " légale ".
De son côté, la surveillance des utilisateurs de logiciels de peer-to-peer
est un cas bien particulier, un exercice beaucoup plus délicat du fait
de l'immense volume des fichiers échangés. Pour le moment, le logiciel
utilisé par les gendarmes n'est réellement efficace que pour la
pédophilie et permet de remonter vers l'internaute qui partage une photo,
et tous ceux qui l'ont ensuite téléchargée. " Au
niveau du P2P nous progressons, mais cela demande du temps pour aboutir à
des résultats, surtout en ce qui concerne le MP3 ou le DivX "
avoue le lieutenant Béguin. " Si l'on voulait vraiment surveiller
tout ce qui se passe sur le peer-to-peer, il nous faudrait un serveur immense
" ajoute-t-elle. Sur le Web, ce sont principalement ceux qui proposent
au téléchargement des fichiers illégaux qui sont les cibles
privilégiées de la cellule de veille, et non ceux qui se "
contentent " de les télécharger, bien qu'ils soient eux aussi
entièrement hors-la-loi. Contrairement à ce que l'on pourrait croire,
les internautes avides d'échanger des fichiers multimédias ne sont
pas très difficiles à identifier : " Que ce soit sur le
peer-to-peer, les newsgroups ou l'IRC, ils n'ont aucun scrupule à mettre
en ligne la liste de leurs fichiers et à inciter les autres internautes
à venir les télécharger sur leur disque dur. Ils se croient
protégés, dans un espace virtuel. Le problème pour eux, c'est
que les lois françaises s'appliquent sur ces espaces de liberté
! " A partir du moment où ils sont identifiés, c'est là
que leurs problèmes commencent.
Les suites de la procédure
" Notre mission consiste à constater l'infraction. Notre rôle
s'arrête là. Toute la procédure de réquisition auprès
du fournisseur d'accès et les éventuelles suites ne dépendent
plus de nous mais de l'unité de terrain qui aura été saisie
par le parquet de Bobigny dont nous dépendons. " Les documents d'identification
des internautes sont par conséquent toujours transmis au parquet de Bobigny
sous la forme de rapports d'information. En aucun cas le STRJD n'a le pouvoir
de décider des suites à donner à telle ou telle affaire.
C'est par exemple au parquet de saisir les services compétents pour poursuivre
l'enquête et demander un complément d'information à un fournisseur
d'accès, ou bien ordonner une perquisition. Les FAI ne fournissent d'ailleurs
l'identité de leurs internautes que lors de réquisitions ordonnées
par la justice et après présentation des adresses IP incriminées.
Seules des voies officielles peuvent conduire les FAI à lâcher des
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Ecrit par Guest le 14.11.2007 à 08h00 | |||
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