L'informatique et Internet sont partout. Maisons, écoles, entreprises,
pas un endroit ou les puces et les bits ne contrôlent nos vies. Seulement,
Internet comme nous le connaissons aujourd'hui ressemble à un super Western.
Des Indiens, des cow-boys, des pionniers, des shérifs et des bandits.
Il y a quelques années les forces de l'ordre ramaient sévères,
aujourdhui les cyber-flics ont sorti les E-colts... et ils sont loin des
couillons que les pirates pensent maitriser. Voici les aides numériques qu'utilisent les
forces de l'ordre dans la traque sur Internet.
"M'sieur Clémenceau, vos flics maintenant sont devenus des cerveaux. Incognito,
ils ont laissé leurs vélos, leurs chevaux. M'sieur Clémenceau,
c'est plus réglo, c'est la mort du boulot ! "
Gentiane (un pseudo) est Gendarme dans le nord de la France. Ce cyber-enquêteur
est un N-Tech, un Officier de Police Judiciaire spécialisé dans
les Nouvelles Technologies. Son job, traquer les délits et les crimes
utilisant l'informatique, lInternet, ... Ils sont une centaine de militaires
à plonger dans les eaux troubles du réseau des réseaux.
Si dans les années 80/90, les enquêteurs ramaient face aux cyber-criminels,
il en est tout autrement aujourd'hui. "Nous sommes des enquêteurs
et des passionnés d'informatiques, explique Gentiane, nous bidouillons
à la maison. Moi j'adore Linux. Ca aide particulièrement dans
certaines affaires." Et des affaires, elles se comptent par dizaines.
L'une d'elle nous a permis de découvrir comment bossaient ces cyber-limiers.
Après plus de 6 mois d'enquêtes, dans une affaire mettant en scène
des français amateurs de documents délictueux, l'équipe
N-Tech de Gentiane a surveillé, sniffé, les conversations Internet
ainsi que les mouvements numériques de leurs cibles. "Aujourdhui,
cela nest pas bien compliqué, confie-t-il, nous avons des
logiciels fabriqués maison qui interceptent les données et nous
les trient. Nous n'avons plus qu'à taper le mot clé qui nous intéresse
pour tout connaître sur un internaute que nous suivons".
Lors
d'une perquisition, l'informatique est saisie, mais pas n'importe comment. Les
O.P.J. de la Police Nationale, les E.S.C.I., les enquêteurs spécialisés
en criminalité informatique, le savent bien. L'une des histoires qui
se raconte encore dans les coursives est cet avocat, dans le début des
années 90. Il était venu assister un de ses clients Pirates. Il
détruira un disque dur saisi en y posant dessus son sac de travail. Une
mallette équipée d'un puissant aimant. Aujourd'hui, peu de risque
qu'une telle mésaventure puisse arriver de nouveau. Lors de la perquisition,
chaque élément électronique est contrôlé,
bloqué.
Les disques durs sont dupliqués de manière à ce que les
enquêteurs ne travaillent que sur la copie. Des « prises »
empêchent que les supports de sauvegardes ne s'autodétruisent.
"Nous avons eu des cas de disques durs qui tentaient de se détruire
si nous n'appuyions pas sur plusieurs touches du clavier, précise Gentiane,
Nos dispositifs empêchent ce genre de routines". Disque dur, mais
aussi clé USB, appareil photo numérique, ... sont ainsi contrôlés,
copiés puis analysés.
D'autres "outils", fabriqués à la brigade, où
offerts par des sociétés informatiques, permettent de faire sauter
les mots de passe. L'un d'eux,
une extension spéciale à placer derrière un ordinateur
portable protégé. Une fois installée, la protection informatique
disparaît. Les cyber-flics peuvent se lancer à l'assaut des bits
de la machine. Des systèmes plus "complexes" sont aussi concoctés
par les gabelous. En voici un petit panel, très loin d'être exhaustif.
Marina, Meffot and Co
Créé en 2001, le Moyen Automatique de Recherche d'Images Non Autorisées
(Marina) a vu le jour au sein du Département Informatique Electronique
(INL) de l'Institut de Recherche Criminelle de la Gendarmerie Nationale (IRCGN)
sous le clavier du Capitaine Lesobre. Ce logiciel porte en son sein plus de
600 000 signatures d'actes de pédophilie. Il suffit d'exécuter
MARINA sur l'ordinateur d'un suspect pour que le robot récupère
images, vidéos, mels ... Le logiciel se base sur des signatures connues.
Si cette veuve noire ne trouve rien, cela ne veut pas dire que l'ordinateur
ne cache pas en son sein des documents illicites. De son côté,
SimAnalyst, comme son nom l'indique, permet de lire le contenu d'une carte SIM,
le Suscriber Identity Module. Mis en place en 1998 par le Département
Informatique Electronique (INL) de l'Institut de Recherche Criminelle de la
Gendarmerie Nationale (IRCGN), SimAnalyst permet aux policiers de connaître
la dernière zone géographique où le téléphone
était allumé. Les enquêteurs, doivent posséder, pour
l'utiliser, un lecteur de carte et le code PIN, le Personnal identification
Number, de l'accusé. Deux détails lors d'une enquête car
il suffit de demander à l'opérateur le code PUK, le Short Message
Service. Juste un petit détail, ne pas allumer un téléphone
portable lors de l'enquête, sinon la dernière zone géographique
enregistrée dans le mobile serait... le bureau de l'enquêteur.
En
2000 est lancée Themis, un outil qui permet de récupérer
les conversations téléphoniques sur un CD-Rom. Un outil qui est
capable de gérer les conversations, les réquisitions d'identifications
des abonnés, la transcription des communications, la mise en avant des
rapprochements dans une affaire, ... La bestiole est capable de gérer
deux millions d'interceptions sur le même ordinateur. Ce système,
mis en place par le Maréchal des Logis-chef Crasnier (SR Toulouse) est
couplé avec le central de surveillance téléphonique de
la société Midi System. Le même gendarme a mis en place
le Meffot, Mise en Forme des Factures des Opérateurs Téléphoniques.
Les Opérateurs n'ayant pas les même fichiers, les policiers ont
du se créer un logiciel qui transformait tout ce petit monde en un format
unique. Couplet avec le logiciel TAF, Traitement automatisé des Factures,
les forces de l'ordre peuvent gérer plusieurs milliers de communications
à la recherche de numéros, de points communes, ... Cet outil a
été mis en place par l'Adjudant Dagos (Sr Bordeaux). Il est développé
sous Access.
Le piratage de cartes à puce (Bancaires, ...) a pris un certains essor
depuis quelques années. Les policiers et les gendarmes ont deux outils,
Reset et CBAnalyst, à leurs dispositions qui permettent de décrypter
le contenu d'une carte à puce d'origine inconnue. Reset permet de matérialiser
l'infraction et CB permet de contrôler les transactions.
Alors que les britanniques viennent d'apprendre que leurs autos allaient être
suivies, nuits et jours, via des milliers de caméras et que leurs trajets
seront conservées sur une durée de cinq ans, en France, un logiciel
permet, lui aussi de suivre des véhicules, mais cette fois-ci, dans une
affaire en cours de traitement par la justice. ASF permet de faire une étude
globale des flux de véhicules et moyen de paiement sur les autoroutes.
On ne pouvait pas terminer sans parler de LogProtect. Le plus connu, et depuis
sa création au sein de la Section de Recherche de Bordeaux, accessible
à tous, ce qui n'est pas le cas des autres outils. L'Adjudant Jarlov,
secondé par des bénévoles, a mis en place un logiciel qui
bloque les informations sensibles que pourraient taper, par exemple, un enfant
sur l'ordinateur familial (Identités, mels, téléphones,
...). Un blocage via un paramétrage décidé par l'utilisateur.
Un logiciel sous licence libre accessible via les urls en bas de ce reportage.
Cette liste est très loin d'être exhaustive. Les policiers en charge
des nouvelles technologies utilisent beaucoup d'autres outils qui ne peuvent
être cités, montrés ou tout simplement, parce qu'ils sont
secrets. Dans ces outils, des analyseurs de chans IRC, avec capacité
de récupérer Ip, stocker contenus, analyser logs, pseudos, documents
diffusés, ... La complainte des apaches du XXIe a débuté.
En France, depuis mai 2000, un service spécialisé dans la délinquance
liée aux nouvelles technologies de l'information et de la communication
chapeaute tout ce petit monde. Baptisé O.C.L.C.T.I.C., les policiers,
gendarmes, douaniers qui y officient, travaillent sur des enquêtes judiciaires
concernant les infractions liées à la haute technologie, ainsi
que sur des investigations techniques à l'occasion d'enquêtes judiciaires.
Ils seront 700 dici 2007, secondés par des ingénieurs en
informatiques, des experts. Les pirates informatiques nont plus quà
bien se tenir.
L'Oncle Sam, le roi de l'espionnage
Les Américains ont mis en place depuis quelques années plusieurs
services Hi-Techs aux seins du F.B.I., des Douanes, de l'Us Air Force, ... Mission
traquer et éradiquer toutes formes d'actes de piraterie informatique.
Le F.B.I. a d'ailleurs à son actif plusieurs coups fumant, et fumeux,
prouvant que leurs techniques sont de plus en plus pointues et efficaces. Dernier
exemple en date, l'arrestation, début octobre 2005, d'un très
important groupe de contrefacteurs de musique. Ils étaient connus sous
le pseudonyme de 4CHOON. Malins, les pirates se cachaient sur des serveurs,
eux même piratés. Pour accéder à leurs copies mp3,
certaines obligations étaient à remplir. Les agents du F.B.I.,
pour stopper ce petit monde, vont d'abord infiltrer le groupe, en se faisant
passer pour dautres pirates. Les agents de lOncle Sam ont ensuite
proposé des serveurs de stockage. Une fois le loup dans l'e-bergerie
il a suffit aux cyber-limiers de surveiller les contrefacteurs. Pour tracer
et arrêter la tête pensante de ce réseau, les enquêteurs
ont fait appel à un opérateur Internet. En quelques minutes, il
va trouver la trace physique du chef de gang.
Depuis 2001, Le F.B.I. a signé plusieurs dizaines dinfiltrations
de ce genre. En France, lidentification dun pirate, dun pédophile
semble être beaucoup plus compliquée.
Un
coup de pouce ?
Alors que l'on parle de plus en plus d'affaires de piratage, de virus et autres
actes de pédophilie sur Internet, les Fournisseurs d'Accès à
Internet (F.A.I.), basés en France, n'ont pas l'air de vouloir jouer
le jeu afin d'aider les forces de l'ordre. Si certains acteurs du réseau
des réseaux fournissent des données permettant d'identifier les
auteurs d'actes répréhensibles, d'autres protagonistes sont largement
moins enclins à fournir leurs informations. Il en est ainsi des F.A.I.
qui répondent aux réquisitions judiciaires contre monnaie sonnante
et trébuchante.
Un service judiciaire (Police, Gendarmerie, Douane, ...) souhaite identifier
une adresse ip, l'immatriculation d'un Internaute, certains F.A.I. n'hésitent
pas à facturer des frais de recherches astronomiques espérant,
probablement, ainsi réduire le nombre de demandes émises de la
part des services judiciaires. Ainsi, pour une simple identification d'adresse
ip. Une demande d'information liée à une Adresse Internet (IP)
coûte, en France, 12 euros chez Club-Internet ; 17 euros chez Noos ; 20
euros chez Free ; 40 euros chez Wanadoo ; 55 euros chez Tiscali. Seul 9Telecom
propose un forfait. D'abord 69 euros, puis 2 euros par I.P. Imaginez quand une
affaire de pédophilie comporte plus de 1 000, 5 000, voir 50 000 I.P.
! Motif évoqué, le coût dune telle recherche. Il reste
cependant inquiétant de penser que dans une affaire visant des enfants,
il faille payer pour chaque I.P. On comprend mieux pourquoi il est tant difficile
de couper cour le business des pédophiles sur la toile.
a>
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