recherchez
recherche avancée
Mardi 2 déc. 2008
identifiez-vous
mot de passe
 
• oublié   • première visite
accueil >> ressources : les chroniques >> ZONE CAFÉ BABEL - 23 mars 2006
ZONE CAFÉ BABEL •  Phishing, le diable est dans le mail
"Cher client, nous sommes heureux de vous informer que les virements par Internet depuis le site de notre banque sont désormais plus sûrs." Le courriel hameçon par excellence. En l'ouvrant, le destinataire est prié d'inscrire certaines données personnelles sur la fausse page web de l'institut de crédit mentionné : nom, numéro de compte et mot de passe. S'il suit ces instructions, il retrouve peu de temps après son compte bancaire vidé.

Les cyberpirates pros du phishing (contraction des mots anglais fishing, pêche, et phreaking, désignant le piratage de lignes téléphoniques) cherchent avant tout à établir un climat de confiance. Leurs mails paraissent officiels, reprenant de véritables noms d'entreprises ou de marques. Les multinationales présentes partout dans le monde sont les cibles de prédilection des phishers. La plupart d'entre eux sont jeunes et hautement qualifiés. Certains groupes comptent plus de 4 000 membres, structurés selon une hiérarchie stricte. Ils créent des marchés financiers sur Internet et organisent leurs transferts de fonds avec des systèmes de paiement simples comme la devise mondiale e-gold.

En général, ces cyberpirates vivent dans des pays à faible niveau de vie. Christoph Fischer, conseiller à la sécurité pour le traitement électronique des données à Karlsruhe (Allemagne), souligne le fait qu'après l'effondrement du communisme beaucoup de programmeurs "parfaitement formés" de l'ex-URSS se sont retrouvés au chômage. "En Biélorussie, en Ukraine, dans les Etats baltes, mais aussi en Roumanie et au Kosovo, toute une ribambelle de brebis galeuses se sont retrouvées exclues du marché, déclare-t-il. Pour une poignée d'euros, ils passent outre la réglementation et proposent leurs services en tant que mercenaires dans les technologies de l'information."

Les autorités de ces pays ont bien du mal à venir à bout de ces flibustiers internautes. Exemple : la Bulgarie. Au début du mois de février 2006, le ministère de la Jeunesse et des Sports s'est réuni à Sofia. A cette occasion, Javor Kolev, expert informatique au Bureau bulgare pour la lutte contre le crime organisé (NDBOK), a rassuré l'assemblée, affirmant que, "au plus tard cinq minutes après l'apparition en ligne d'une page Internet truquée, un signal est reçu et permet de bloquer le site immédiatement".

Apparemment, la méthode n'est pas complètement rodée. Le NDBOK a interpellé récemment huit jeunes hommes et femmes bulgares pour phishing et utilisation abusive de cartes de crédit. Le groupe, qui manifestement faisait partie d'un cercle encore plus large de fraudeurs au niveau international, avait reproduit le système de calcul en ligne de Microsoft et volé les données d'accès à des cartes de crédit américaines. Les criminels ont eu suffisamment de temps pour récolter de nombreux renseignements, laissant ainsi planer le doute sur une quelconque procédure de blocage de la page hameçon. Ils avaient commandé pour plus de 50 000 dollars de vêtements de créateurs, de sous-vêtements de luxe et de logiciels sur Internet grâce aux cartes de crédit étrangères.

Comparés aux recettes mondiales engrangées par la fraude, 50 000 dollars ne sont qu'une bagatelle. Rien qu'aux Etats-Unis, les escroqueries par phishing s'élèvent à 2,75 milliards de dollars pour la seule année 2005, selon l'institut d'étude de marchés américain Gartner.

Les employés à la sécurité informatique des pays d'origine des phishers ont très peu d'équipement technique et la législation locale présente souvent de grosses lacunes. Lors de sa déclaration, Javor Kolev a indiqué que le NDBOK bulgare n'avait même pas de connexion ADSL et que les administrateurs système n'avaient aucune connaissance des logiciels d'exploitation LINUX ou UNIX. Les programmes favoris des phishers.

"Les phishers jouent habilement avec la peur des utilisateurs", souligne Günther Ennen, de l'Office fédéral allemand pour la sécurité informatique (BSI) de Bonn. Les cyberpirates imaginent ainsi sans cesse de nouvelles méthodes pour pirater les données des destinataires de leurs e-mails. "Certains mots-clés cités en objets des mails – comme 'grippe aviaire' actuellement – captent naturellement l'attention du destinataire qui ouvrira par réflexe son courriel."

Bref, la fin du phishing n'est pas pour demain. En 2005, ce type d'attaques a doublé par rapport à l'année précédente. Cependant, Christoph Fischer est confiant. Les systèmes de paiement en ligne semblent être plus sûrs en Europe qu'aux Etats-Unis. De plus, les Européens sont dans l'ensemble plus méfiants lorsqu'ils reçoivent des e-mails d'inconnus.

Entre-temps, les malfaiteurs ont découvert un nouveau moyen de voler des données. Les programmes troyens des cyberpirates ne dérobent plus uniquement des données de cartes et de comptes bancaires mais toute l'identité de l'ordinateur. Les concepteurs d'antivirus n'arrivent pas à venir à bout de la puissance des chevaux de Troie et autres programmes malveillants. "Chaque jour, 30 à 40 nouveaux virus sont imaginés dans le monde", souligne Fischer.

Article écrit par Srebrina Bognar, Cologne, pour Café Babel
cafebabel.com
imprimer
envoyer par email
réagir à l'article
recommander cet article
la presse
Bulgarie
Allemagne
fiches pays
Bulgarie
Allemagne
les derniers articles de la chronique
ZONE CAFÉ BABEL
Londres 2012 : vers des JO radioactifs ?
L'école a la foi en Grande-Bretagne
Devenez une star télé pour 300 euros
Espagne, la Floride européenne
Le fantôme de Milosevic hante la justice
Connexion latine
Téléréalité, la gloire en toc
Cologne + carnaval = délire assuré
Requiem pour les palais des peuples
Les femmes ibériques mènent la vie dure aux machistes
lire les autres articles
 à la une
Hillary Clinton et Barack Obama
ETATS-UNIS Obama-Clinton, un rapprochement risqué
Hillary Clinton, ex-première dame des Etats-Unis, a été nommée le 1er décembre au département d'Etat. Ce choix de Barack Obama suscite quelques réserves. Certains craignent qu'elle ne fasse de l'ombre au nouveau président.
SIDA Les femmes, des victimes expiatoires
Une chercheuse s'inquiète des non-dits de la lutte contre le VIH. Elle soulève en particulier le problème de l'efficacité des campagnes de prévention ciblant les femmes alors que celles-ci sont très peu responsables de la transmission du virus.
FRANCE Oskar et Méluche, le nouveau couple franco-allemand
Oskar Lafontaine est venu apporter son soutien au Parti de gauche nouvellement fondé par Jean-Luc Mélenchon. Mais rien ne garantit que le succès de Die Linke se répète dans l'Hexagone.
Dans un supermarché Wal-Mart
ÉTATS-UNIS Les soldes tournent au cauchemar
Le 28 novembre, un salarié d'un supermarché a été piétiné à mort par des clients venus profiter des bonnes affaires. Une tragédie révélatrice de l'état d'anxiété des consommateurs américains en ces temps de crise, estime The New York Times.
Shah Mehmood Qureshi, ministre pakistanais des Affaires étrangères, a assuré que son pays coopérerait avec l'Inde pour retrouver les auteurs des attentas de Bombay
ATTENTATS DE BOMBAY Le Pakistan au coeur de la tourmente
Pour le quotidien The News, Islamabad risque de payer un lourd tribut pour n'avoir pas su endiguer le terrorisme. Les Pakistanais doivent absolument prendre le problème à bras-le-corps s'ils veulent s'en sortir et ne pas devenir le bouc émissaire du monde entier.
 © Courrier international 2008 | Fréquentation certifiée par l'OJD | ISSN de la publication électronique : 1768-3076 | qui sommes-nous ? / contact