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Swatting : Rencontre avec un serial swatter belge

Swatting – Depuis le mois d’octobre 2016 la Belgique est noyée sous les appels malveillants. ZATAZ a rencontré un serial swatter pour comprendre les motivations de cet internaute qui s’amuse à dénoncer des actes terrorismes imaginaires.

Le pirate ne semble pas avoir apprécié l’action de swatting d’un autre adolescent.

Cette rencontre improbable avec ce serial swatter, un adepte du Swatting [canular téléphonique ayant pour mission de faire déplacer la police sur un crime fictif, NDR] a débuté après l’écriture d’un article sur le cas d’un swatting, le 26 décembre 2016, dans la gare du Nord de Bruxelles. Des adolescents, qui semblent s’ennuyer, ont contacté les autorités belges pour annoncer la présence de plusieurs bombes dans ce lieu très fréquenté de la capitale Belge.

Le lendemain, nouvelle menace, toute aussi fausse. Alors que je pensais avoir à faire aux mêmes mômes, il s’est avéré que l’auteur de ce second swatting n’était en rien responsable de l’annonce du 26. Comment ai-je pu le savoir ? Ce mystérieux personnage est venu à ma rencontre sur Twitter. « Les fausses alertes à la bombe d’aujourd’hui [du 27/12, NDR] n’ont aucun liens avec celles de la Network Empire [le groupe de jeunes pirates du 26/12, NDR]. Je suis le propre auteur de celles d’aujourd’hui. » m’indique tout de go « Arkan Ražnatovic« , mon l’interlocuteur. Son pseudonyme ? Il dit l’avoir choisi parce qu’il sonnait bien. Pour rappel, Ražnatovic était un criminel de guerre Serbe, recherché par Interpol entre 1970 et 1980. Il sera assassiné en janvier 2000, à Belgrade.

Faire payer l’état Belge

D’abord, cet internaute m’égraine ses actions « Pour faire payer un maximum l’état » souligne-t-il. Il indique être l’auteur de dizaines d’appels malveillants. Le 5 octobre, fausse alerte dans la gare et l’aéroport de Charleroi.

Ensuite, le 10 octobre, fausse alerte à la bombe dans le palais de justice de Bruxelles.

Puis, le 19 octobre, une fausse alerte dans un train qui oblige à évacuer les passagers.

Et il continue, à me dérouler ce qui semble être son tableau de chasse. Un mois plus tard, le 19 novembre, il annonce plusieurs bombes à la gare de Mons.

Le 3 décembre, trois alertes au siège de Mercedes, lors du concert Eros Ramazotti à Forest National ou encore sur les campus du VUB.

Le 6 décembre, cinq écoles de Bruxelles sont évacuées.

Pour finir, le 29 décembre, plusieurs alertes à la Gare du Nord de Bruxelles et au parquet de la capitale Flamande. « J’essaye de sélectionner des cibles connues et fréquentées. » annonce-t-il.

Terroriste ou simple dingue ?

 Je lui demande alors s’il n’a pas peur d’être pris pour un « dingue ». Sa réponse est sans appel : « Les gares sont de bonnes cibles tout comme les tribunaux, concerts, commerces de grande surface et autres. Les gares sont des endroits énormément fréquentés surtout en semaine. Ce qui demande une assez grande mobilisation et cela fait perdre énormément d’argent quand ont compte les trains en retard ou supprimés.« 

Ainsi donc la méthode de ce serial swatter est malheureusement simple. Elle est utilisée dans le monde entier à l’encontre de joueurs en ligne. En France, en septembre 2016, la fausse alerte liée à une prise d’otage dans l’église de Saint-Leu remettra sur le devant de la scène ces canulars malsains.

« Vous savez le 5 octobre après les fausses alertes à la bombe de Bruxelles et Charleroi environs 200 à 300 trains ont totalement été supprimés, environs 900 à 1000 trains ont eu du retard et la SNCB a connu plus de 26000 minutes de retards accumulés sur cette journée. C’était un bon coup ! » se félicite-t-il.

Mythomane ou véritable serial swatteur ?

Dans l’ensemble, « Ražnatovic » parle beaucoup. Je lui demande d’ailleurs pourquoi ? Pour lui, il est temps d’expliquer ses actions. Je pense aussi qu’il n’a pas apprécié l’ombre faîte par les swatteurs du 26 décembre. A-t-il peur des autorités qui, à coup sûr, le recherchent ? « Je n’y pense pas réellement, mais je sais que tôt ou tard le jeu pourrait se terminer. » Un jeu ? Le mot est lâché.

« Vous servez la cause des terroristes, des adeptes de la surveillance de masse, vous vous en rendez compte en agissant ainsi ? » lui ai-je poser. « Je suis totalement d’accord avec vous mais je préfère vous dire que je n’ai aucun lien avec le terrorisme. » Bref, totalement inconscient !

Alors ? Qui se cache derrière cet internaute ? Difficile à dire ! Il se dit majeur, révolté. Il est surtout inquiétant.

Enfin, au moment de la diffusion de cet article, j’apprenais qu’il venait de réitérer de fausses alertes au palais de justice de Charleroi et aux gares de Liège-Guillemins et Charlerois.

Pour finir, un petit rappel loin d’être inutile. En France, le swatting est puni par la loi : 2 ans de prison et 30 000€ d’amende. Un délit de fausse alerte qui connaît la même sanction pénale sur les terres du Royaume de Belgique.

Au sujet de l'auteur
Damien Bancal - Fondateur de ZATAZ - Journaliste - Spécialiste des sujets liés à la Cyber Sécurité depuis plus de 20 ans. Premier article en 1989 dans le mensuel "Amstar & CPC". Fondateur de ZATAZ, ZATAZWEB.tv & datasecuritybreach.fr. Officie/a officié dans de nombreux journaux et magazines (Europe 2, 01net, La Voix du Nord, Tilt, Entrevue, l'Echo des Savanes, Le Canard Enchaîné, France 3, ...). Auteurs et coauteurs de 6 livres dont "Pirates & hackers sur Internet" (Ed. Desmart) ; "Hacker, le 5ème pouvoir" (Ed. Maxima). Intervenant pour la Licence professionnelle Collaborateur pour la Défense et l'Anti-Intrusion des Systèmes Informatiques (CDAISI) de l'Université de Valenciennes ; pour l'Ecole Européenne de Guerre Economique de Versailles. Réserviste Cyber Défense.

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